Marseille, la ville radieuse

H.R.
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L'histoire

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Perchés sur les remparts du Fort Saint Jean, on est à deux pas du large. Le paysage est tout juste tricolore: le rose de la pierre douce du fort, le bleu profond de la mer, le bleu clair du ciel sans nuages. Les bateaux filent vers le large ou rentrent dans le port bien rempli. L’ombre massive d’un ferry glisse avec paresse hors du port de commerce et nous cache un instant l’Estaque. Les gens boivent le café sur la plateforme du fort et explorent les escaliers dérobés entre les fleurs. Entre deux oliviers, on reste un moment à se chauffer au soleil. On oublierait presque la grande ville derrière ces murs multicentenaires, sur cette immense terrasse à ciel ouvert. Le Mucem nous regarde, enroulé dans sa guirlande de béton noir. Il y a seulement quelques années, il n’y avait là qu’une jetée abandonnée investie par les joueurs de pétanque, les cirques itinérants, et les voitures surchargées en partance pour la Méditerranée. La vieille dame de Marseille et le nouvel arrivant surveillent maintenant côte à côte le port, et symbolise l’ancien et le nouveau visage de Marseille.

L’âme de la ville est dans ces mélanges. Marseille, c’est la nature omniprésente dans le très urbain, l’architecture moderne sans concession à côté des minuscules ports de pêche, l’histoire antique et le street-art qui cohabitent au coin d’une rue. Sur le port, là où bat le coeur de la ville, on part en balade du dimanche avec les familles, le long des baraques de pêcheurs et des immeubles des années 50. Les marins décapent les coques attaqués par les embruns, les terrasses des cafés sont pleines à craquer. Les bateaux partent le coeur léger vers les calanques. Leur nature sauvage et leurs falaises blanches ne sont jamais bien loin.

Marseille a deux mille ans mais elle ne se prend jamais trop au sérieux. On dit souvent qu’elle a son caractère. Mais ce qui l’a rend unique, c’est qu’elle sait comme personne faire cohabiter la grande histoire et les petites; et laisser la vie s’épanouir. Dans le Panier, le plus vieux quartier de Marseille, on joue à cache-cache avec le soleil sous les voûtes 17ème de la vieille charité. Sur le cours Julien, on s’attable à l’ombre des arbres, entouré de plus de streetart que partout ailleurs en Europe. Sous les arcades de la Major tout en style byzantin, les serveurs s’interpellent devant les stands de poissons et les fours à pizza. Et quand on part sur les pas des impressionnistes dans le petit port de l’Estaque, on finit plutôt par se laisser happer par l’odeur des panisses qui sort des baraques inchangées depuis des décennies.

L’été et la douceur de vivre s’attardent à Marseille tout au long de l’année. Ils sont là, dans les petites criques de Malmousque cachées sous la Corniche, entre les belles maisons pastels et les cabanes de pêcheur un peu décrépites par le sel. Ils sont dans la mer qui surgit à chaque coin de rue. Cet esprit de village et de vacances, on le retrouve un peu partout à Marseille; chaque quartier a son identité. Mais rarement autant que dans le minuscule port des Goudes, où le temps s’est arrêté sur les cabanons roses, bleus et jaunes. L’unique rue est si étroite qu’y passer en voiture est un exploit. C’est là qu’on va pour déguster la pêche du jour dans un des bars face au port, une pergola au dessus de la tête, à l’abri du mistral même en hiver.

Marseille est une grande dame à la jeunesse folle - sans chichi et pas toujours conventionnelle. Sa beauté est accueillante, aussi indolente qu’impertinente. Et pour toujours tournée vers la Méditerranée, sous l’oeil de la Bonne Mère qui continue à surveiller ses pêcheurs partis en mer.

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Quand y aller ?

On est tenté de dire qu’à Marseille, il ne fait jamais froid et que la ville est à visiter toute l’année. Mais la période de novembre à janvier est plus hasardeuse: le mistral glacial peut souffler très fort ou le soleil briller et vous donner des impressions de mois de mai. La plus belle période sont le printemps et l’automne. Les calanques, souvent fermées en été pour les protéger de l’incendie, sont ouvertes. Elles se couvrent de petites fleurs au printemps et de lumières magnifiques à l’automne. Les températures sont estivales et on vit dehors, sans étouffer comme souvent en été.

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Comment y aller ?

On peut venir à Marseille en train, depuis plusieurs grandes capitales européennes. Marseille aime les points de vue à couper le souffle. On s’en rend vite compte en arrivant en TGV face à la mer puis en sortant de la jolie gare face à la Bonne Mère. L’arrivée en avion se fait à Marignane (30 min de Marseille) et est tout aussi impressionnante, avec atterrissage au raz des eaux de l’étang de Berre ou survol panoramique de la ville.

Le train de la Côte bleue est à prendre pour serpenter entre les petits villages de la côte, à flanc de falaise ou perché sur des passerelles à des dizaines de mètres au dessus de l’eau. La navette maritime, elle, dessert de mai à octobre la Pointe Rouge, l’Estaque et les Goudes depuis le vieux port de Marseille. Le point de vue sur Marseille est toujours magnifique. Mais le plus beau moment pour rentrer au port est avec la dernière navette de la journée, pour voir la ville entièrement illuminée.

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Expériences

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Cuisiner le poisson avec la chef incontournable de Marseille

Georgiana, c’est la cuisinière de Marseille par excellence, celle qui agite régulièrement la gastronomie marseillaise: son dernier projet, la Piscine, est le nouveau restaurant incontournable de la ville. Ecumez avec elle le marché aux poissons du Vieux-Port, pour choisir votre festin du midi, puis rejoignez les cuisines de son restaurant pour concocter avec elle ses plats fétiches.

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Déjeuner au cabanon

Au creux des hauteurs blanches et vertes des calanques, on débouche devant le petit village de pêcheurs de Sormiou. Frappez à la porte d’un cabanon: c’est Raymond qui vous ouvrira, accompagné des effluves de bouillabaisse. Pêcheur depuis toujours, il adore aussi faire goûter sa recette du célèbre plat marseillais, perfectionnée de génération en génération. Lancez-vous dans un déjeuner au long cours sous la pergola, au rythme du clapotis de l’eau transparente et des histoires de Raymond.

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Boire le pastis en mer

Tout au bout du Vieux Port, à bord d’une vieille barque marseillaise, Matthieu vous attend devant un panier de picnic qui déborde. Passionné de bateaux, il a entièrement rénové sa barque pour lui donner une seconde vie en mer. Enfoncez-vous dans les coussins qui remplissent la cale et laissez derrière vous le Fort Saint Jean. En vue du Vallon des Auffes, Matthieu déroule la nappe et sort l’apéritif sur la nez du bateau. A déguster en regardant le littoral marseillais défiler jusqu’au minuscule port des Goudes.

Nos adresses

Pascal’s Kitchen

Marseille version asiatique

Entre les restaurants de plage de la Pointe Rouge, Pascal’s Kitchen détonne un peu. Pascal, le patron franco-thailandais y mêle avec talent et humour ses deux mondes dans une ambiance mi-marseillaise, mi-asiatique. Il faut absolument réserver la terrasse qui surplombe la plage, pour prendre le soleil ou regarder le coucher de soleil sur la mer, à la lumière des lampions. Sur la carte, le pad thai cohabite avec la burrata à la truffe et la socca revisitées avec une touche asiatique. Ne partez pas sans avoir goûter un des fameux rhums arrangés de Pascal.

46 Avenue de Montredon, 13008 Marseille

L'esplaï du Grand Bar des Goudes

La pêche du jour

Il y a comme un air de dolce vita dans ce restaurant, un peu brasserie à l’ancienne un peu cabanon de pêcheur. On y arrive en descendant la minuscule et unique rue du petit port des Goudes, le bout du monde de Marseille. D’un côté de la route, le bar, de l’autre, le restaurant tout en vitre et sa grande terrasse en crépi, coupée du monde. On s’y attable avec vue sur le port devant une bonne bouillabaisse, ou un poisson extra-frais, soigneusement présentés. S’il n’y a pas de place, patientez avec un verre de rosé sur l’une des tables installées à l’extérieur du bar. Les manoeuvres surréalistes des automobilistes pour se croiser dans la minuscule rue sont un spectacle à part entière.

Parc national des Calanques, 29 Rue Désirée-Pellaprat, 13008 Marseille

La Cantinetta

Trattoria avec l’accent

Ici, c’est avec l’accent italien qu’on est accueilli à la porte. On se sent tout de suite comme chez soi dans ce restaurant rempli de charme: nappes blanches et comptoir en bois, chaises de jardin et lierre grimpant dans le patio aux beaux jours. On y déguste une cuisine italienne familiale, sans fioritures mais soignée juste ce qu’il faut. Ce sont les bons produits qui ont le devant de la scène: le patron passionné va les sélectionner directement chaque mois à Bologne. On adore la burrata fondante avec coulis de tomates fraîches, la classique pasta vongole et les desserts à se damner. Surtout, n’oubliez pas de réserver.

24 Cours Julien, 13006 Marseille

Bar sur la plage des Catalans

Plage solitaire

On y va à la tombée de la nuit, au moment où la plage se vide. On descend les escaliers puis on suit la jetée pour contourner le gros rocher qui délimite la plage. Un petit bar est caché là, dissimulé par le mur de roche, avec quelques tables installées directement sur la jetée. Le bar en lui-même n’a pas vraiment de nom ni vraiment de carte. Mais on a l’impression d’être seul au bout monde, à quelques mètres de la mer, seul avec le coucher de soleil. Un de ces endroits mystérieux dont Marseille a le secret.

A gauche de la plage des Catalans

Café de l'abbaye

Typiquement marseillais

Un endroit un peu de bric et de broc, de ceux qui sont l’âme de Marseille. Le Café a investi avec quelques tables un rond point perché au-dessus du port, en face de la très ancienne basilique Saint Victor. On y va à l’heure de l’apéro pour voir le soleil se coucher sur le port et les deux forts en contrebas et siroter un pastis accompagné de panisses croustillants. Une très bonne atmosphère, décontractée et bon enfant, insufflée par Françoise, la patronne.
Juste à côté de l'abbaye Saint Victor, allez jeter un oeil au petit marché couvert: un fromager, un écailler, un maraîcher, avec tous de très bons produits.

3 Rue d'Endoume, 13007 Marseille

Le Brunch de l’Intercontinental

Marseille vue d’en haut

L’InterContinental s’est installé dans le bâtiment grandiose de l'Hôtel-Dieu de Marseille: un ancien hôpital du 17ème siècle dont les dizaines d’arcades surplombent la place de la Mairie. On prend toute la mesure de son incroyable envergure en grimpant les escaliers jusqu'à l’extraordinaire terrasse. De là-haut, la vue dépasse le toit de la mairie et plonge sur le port; Notre Dame de la Garde, exactement en face, semble à portée de main. C’est là qu’est servi le brunch les dimanches de beau temps (le plus souvent, donc): un véritable festin de bons produits, fruits de mer, oursins, crevettes, fromages, charcuteries corses, jambon à la broche, poulpes grillés au barbecue, souris d’agneau... Un brunch pas commes les autres.
Tous les dimanches

1 Place Daviel, 13002 Marseille

Jardin Montgrand

Maison marseillaise

Un peu à l’écart du centre-ville, le Jardin Montgrand est un beau lieu multi-facettes, un peu concept store, un peu salon de thé, installé dans un hôtel particulier du 19ème siècle. Passée l’entrée à grandes dalles noires et blanches, on se balade dans les pièces tout en parquet, entre les créations de designers marseillais. On y va sans faute à l’heure du goûter pour profiter des pâtisseries aux noms farceurs et associations étonnantes. On les déguste avec une limonade maison dans le beau jardin qui a donné son nom au lieu, allongé sur une chaise longue à jolis imprimés à l’ombre du grand marronnier.

35 Rue Montgrand, 13006 Marseille

Muséum d’histoire naturelle

Musée insolite

Le Palais Longchamp est aujourd’hui surtout connu à Marseille pour sa collection de Beaux Arts. Mais dans l’autre aile se cache un monde plus insolite; celui du Muséum qui présente aussi le visage le plus ancien du palais. Un véritable cabinet de curiosités de plus de deux cents ans, resté dans son état d’origine, où on se balade entre les plantes, les animaux et les vitrines pleines à craquer.

Boulevard Jardin Zoologique, 13004 Marseille

Maison Empereur

Beaux objets

Au pied du quartier populaire de Noailles, on trouve un lieu hors du temps, un peu féérique: l’un des plus vieilles quincailleries de France, plus de deux cent ans et toujours dans la même famille. La nouvelle génération a dépoussiéré avec brio l’idée de la quincaillerie, et propose mille et un beaux produits, à la fois totalement rétro et follement moderne. On passe derrière la vieille façade en bois comme si on entrait dans la caverne d’Ali Baba. Au rez-de-chaussée, un labyrinthe de savons de marseille, de brosses, d’outils anciens. En haut de l’escalier qui grince, des jouets en fer blanc, de la vaisselle à l’ancienne, de jolis produits de beauté “de grand-mère”. C’est un de ces rares lieux où l’on peut retourner sans cesse et toujours être surpris.
PS: En sortant de chez l’Empereur, faites un saut à l’Idéal, l’épicerie très trendy d’une ancienne journaliste culinaire, pleine des beaux et bons produits.

4 Rue des Récolettes, 13001 Marseille